Mon mari a eu un accident de voiture il y a 20 ans cette année. Mort sur le coup comme on dit... mort violente, soudaine, ressentie comme un coup "par derrière", traîtrise du destin...
Notre fils avait 10 ans, c'était une semaine avant son entrée en 6e. Il a fait preuve d'un courage fabuleux alors que son petit coeur saignait à l'intérieur. J'ai fait du mieux que j'ai pu, je l'ai élevé seule en continuant mon travail, il n'a jamais été sûr de lui pour passer tous ses diplômes jusqu'au BTS même si chaque fois il réussissait. Aujourd'hui, il est arrivé à un poste de responsabilité malgré ses doutes et son manque d'équilibre affectif mais il reste "un colosse aux pieds d'argile". Il change de métier et il a encore la peur décuplée au ventre de ne pas y arriver. Il va être papa bientôt et donc je serais la grand-mère sans le grand-père comme j'ai été la mère sans le père, un peu un double rôle pour compenser le manque.
On se sent tellement différents des familles qui n'ont pas ce "manque". Nous nous sentons plus fragiles car nous ne pouvons nous empêcher de penser au pire puisque l'on "sait". Même si la vie continue et qu'elle est belle, que l'on rit, que l'on partage, la blessure existe et ne demande qu'à se rouvrir si on n'y prend pas garde.
Il a trop besoin de moi, j'ai trop besoin de lui et chaque jour nous prenons garde que ce besoin n'envahisse pas le couple qu'il a construit. J'ai toujours attendu qu'il ait des enfants pour qu'il ne se retrouve pas seul lors de mon départ... À 31 ans, il pleure encore quelques secondes et panique lorsqu'il me sent malade tellement la peur de me perdre reste viscérale.
Je ne voudrais pas "ça", c'est pour cela que j'attends tellement que la naissance de son premier enfant le rassure et qu'il sente que "notre si petite famille" s'agrandit !
Brigitte
(France)